L’état des lieux d’entrée et de sortie est une étape cruciale dans le cadre d’une location immobilière, tant pour le propriétaire que pour le locataire. C’est ce document qui permet de comparer l’état du logement au début et à la fin d’un bail, de prévenir les litiges et de garantir une relation sereine entre les deux parties. Pourtant, cette formalité soulève souvent des questions : comment le rédiger ? Quels points vérifier ? Que faire en cas de désaccord ? Quels sont les recours possibles ? Cet article complet répond à toutes vos interrogations, propose des modèles gratuits, détaille la législation en vigueur et vous aide à mieux anticiper les litiges potentiels.
Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel de l’immobilier, comprendre le fonctionnement et les enjeux de l’état des lieux est indispensable. À travers des conseils pratiques, des exemples concrets, des modèles à télécharger et des solutions pour gérer les désaccords, nous vous expliquons tout sur l’état des lieux d’entrée et de sortie, du point de vue juridique, technique et humain.
L’essentiel à savoir sur l’état des lieux d’entrée et de sortie

Définition et rôle fondamental
L’état des lieux d’entrée et de sortie est un constat contradictoire décrit dans le Code civil (article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989). Il s’agit d’un document écrit qui décrit pièce par pièce l’état du logement loué, ainsi que des équipements présents. Il est réalisé à l’arrivée du locataire (entrée) puis à sa sortie, et signé par les deux parties. L’objectif principal ? Permettre une comparaison objective de l’état du bien loué pour déterminer d’éventuelles dégradations imputables au locataire, et justifier le montant des retenues sur le dépôt de garantie.
Pourquoi est-il obligatoire ?
L’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 impose la réalisation d’un état des lieux pour toute location vide ou meublée à usage de résidence principale. Il protège aussi bien le propriétaire que le locataire :
- Pour le locataire : il évite d’être tenu responsable de dégradations antérieures à son arrivée.
- Pour le bailleur : il facilite la preuve d’éventuels dommages causés pendant la location.
Sans état des lieux, la présomption légale joue en faveur du locataire : le logement est considéré comme remis en bon état d’usage, sauf preuve contraire.
Quand et comment le réaliser ?
- À l’entrée : lors de la remise des clés, avant installation des meubles. Il doit être daté et signé par les deux parties.
- À la sortie : lors de la restitution des clés, après avoir vidé le logement. Il doit être aussi précis que l’état des lieux d’entrée pour permettre une comparaison objective.
Un exemplaire est remis à chaque partie. Il est recommandé de procéder en pleine lumière et de prévoir au moins 1 à 2 heures pour un appartement standard.
Les conséquences d’un état des lieux négligé
Un état des lieux bâclé, incomplet ou absent peut entraîner des litiges difficiles à résoudre. Par exemple :
- Pour le bailleur : difficile de prouver des dégradations imputables au locataire, perte potentielle du dépôt de garantie.
- Pour le locataire : risque d’être accusé de dommages préexistants et de voir son dépôt de garantie amputé à tort.
En 2022, selon la Chambre nationale des propriétaires, près de 30% des litiges locatifs concernent la restitution du dépôt de garantie, souvent liés à un état des lieux mal réalisé.
Modèle d’état des lieux gratuit à télécharger
Éléments indispensables du modèle
Un état des lieux doit comporter un certain nombre de mentions obligatoires, définies par le décret n°2016-382 du 30 mars 2016 :
- Type d’état des lieux : entrée ou sortie
- Date d’établissement
- Adresse du logement
- Identité et coordonnées des parties
- Relevés des compteurs (eau, gaz, électricité)
- Description détaillée de chaque pièce et équipement
- Signature des parties
Ces éléments sont essentiels pour garantir la validité du document et éviter toute contestation ultérieure.
Exemple de tableau d’état des lieux
| Pièce | État à l’entrée | État à la sortie | Observations |
|---|---|---|---|
| Salon | Parquet en bon état, murs propres | Parquet rayé, murs tachés | Rayures parquet signalées à la sortie |
| Cuisine | Évier neuf, électroménager fonctionnel | Évier entartré, four défectueux | Four à remplacer |
| Salle de bains | Carrelage intact, joints propres | Joints moisis, fuite sous lavabo | Travaux à prévoir |
Où trouver un modèle à jour ?
De nombreux sites spécialisés tels que lesprosdelimmo.fr proposent des modèles gratuits à télécharger, conformes à la législation. Il est conseillé de privilégier les documents régulièrement mis à jour pour tenir compte des évolutions légales. Certains logiciels ou applications mobiles facilitent également la rédaction et l’archivage des états des lieux.
Conseils pour personnaliser son modèle
- Ajouter une section pour chaque pièce, y compris les annexes (garage, cave, jardin…)
- Prévoir des cases pour indiquer la présence d’anomalies ou de dysfonctionnements
- Insérer des photos à chaque étape pour renforcer la preuve visuelle
- Relire le document avant signature pour éviter les oublis ou erreurs
Comment faire un état des lieux ? Conseils pratiques et erreurs à éviter

Matériel et préparation en amont
Un état des lieux efficace commence par une bonne préparation :
- Munissez-vous du contrat de bail et du modèle d’état des lieux
- Prévoyez un appareil photo ou smartphone pour documenter l’état des lieux
- Vérifiez que tous les compteurs sont accessibles
- Préparez un stylo (si version papier) ou une application dédiée
- Planifiez le rendez-vous en journée pour profiter de la lumière naturelle
Étapes détaillées de l’état des lieux
- Procédez pièce par pièce, en notant précisément l’état des sols, murs, plafonds, portes, fenêtres, équipements.
- Testez le fonctionnement des appareils (robinets, prises, chauffage, électroménager…)
- Relevez les compteurs (eau, gaz, électricité)
- N’hésitez pas à signaler tout défaut, même mineur, pour éviter les litiges
- En cas de doute, ajoutez une remarque ou prenez une photo
Le temps moyen pour un appartement de 60 m² est de 1h30 à 2h. Mieux vaut ne rien précipiter !
Erreurs courantes à éviter
- Oublier de relever ou de mentionner l’état des équipements électroménagers
- Sous-estimer les annexes (balcon, cave, parking, jardin…)
- Ne pas dater ou parapher chaque page du document
- Omettre la prise de photos horodatées
- Signer un document incomplet ou imprécis
Exemple concret
Lors d’un état des lieux d’entrée pour un appartement T2 à Lyon, le locataire a signalé une fissure sur le carrelage de la salle de bains. Grâce à la photo jointe, il a pu prouver à la sortie que la fissure préexistait, évitant ainsi une retenue injustifiée sur son dépôt de garantie.
Ce que dit la loi Alur sur l’état des lieux
Les apports majeurs de la loi Alur
La loi Alur (Accès au logement et urbanisme rénové), entrée en vigueur en 2014, a renforcé le cadre légal de l’état des lieux :
- Formalisme renforcé du document (mentions obligatoires, relevés compteur, description détaillée)
- Gratuité de l’état des lieux pour le locataire (sauf exceptions pour le recours à un professionnel)
- Possibilité de compléter l’état des lieux d’entrée dans les 10 jours suivant la signature
- Délai d’un mois pour signaler un défaut de chauffage
- Présomption d’état du logement en l’absence d’état des lieux
Mentions obligatoires selon la loi
Le décret d’application de 2016 précise les points devant figurer dans tout état des lieux :
- Adresse et identité des parties
- Date d’établissement
- Descriptif précis de chaque pièce et équipement
- Relevés de compteurs
- Signatures
L’état des lieux doit être établi en autant d’exemplaires qu’il y a de parties.
La répartition des frais d’état des lieux
| Situation | À la charge du bailleur | À la charge du locataire |
|---|---|---|
| État des lieux réalisé entre particuliers | Gratuit | Gratuit |
| État des lieux réalisé par un professionnel | Paye la part supérieure au plafond légal | Peut être facturé, dans la limite de 3 €/m² |
| État des lieux par huissier (en cas de désaccord) | 50 % des frais | 50 % des frais |
Le montant maximum facturable au locataire ne peut excéder le montant payé par le bailleur ni dépasser 3 € par m² de surface habitable.
État des lieux d’entrée : conseils, enjeux et jurisprudence

Les enjeux pour chaque partie
Pour le locataire, l’état des lieux d’entrée est la seule garantie de ne pas être tenu responsable de défauts antérieurs. Pour le bailleur, c’est la base pour prouver d’éventuelles dégradations lors de la restitution. La jurisprudence est claire : en cas d’absence ou d’imprécision, le doute profite au locataire (Cass. Civ. 3e, 27 septembre 2005).
Conseils pratiques pour un état des lieux d’entrée réussi
- Ne pas hésiter à détailler chaque observation, même minime
- Photographier les éléments sensibles (sols, murs, équipements vieillissants)
- Tester le fonctionnement de tous les équipements et faire mention de chaque anomalie
- Relire le document ensemble avant de signer
- Demander un double signé sur place
Jurisprudence et exemples concrets
En 2020, un locataire de Bordeaux a pu éviter une retenue de 850 € sur son dépôt de garantie grâce à une photo jointe à l’état des lieux d’entrée, attestant que la vitre fissurée de la fenêtre était antérieure à son arrivée.
À l’inverse, un bailleur de Marseille, n’ayant pas signalé une infiltration d’eau lors de l’état des lieux d’entrée, a été contraint de réaliser les réparations à ses frais lors du départ du locataire, la preuve de la vétusté n’ayant pas été apportée.
La question de la vétusté
Le locataire n’est jamais responsable de l’usure normale liée au temps (vétusté). Pour éviter toute confusion, il est conseillé de joindre une grille de vétusté à l’état des lieux ; celle-ci définit la durée de vie moyenne des équipements et le mode de répartition des frais en cas de remplacement.
État des lieux de sortie : points de vigilance et restitution du dépôt de garantie
Préparer la sortie du logement
La réussite de l’état des lieux de sortie dépend d’une bonne anticipation :
- Nettoyer en profondeur chaque pièce
- Réaliser les petites réparations (rebouchage de trous, remplacement d’ampoules…)
- Vérifier le bon fonctionnement des équipements
- Préparer tous les jeux de clés
- Rassembler les documents utiles (factures de travaux, justificatifs de réparations…)
Comparaison avec l’état des lieux d’entrée
L’état des lieux de sortie doit permettre une comparaison objective avec celui d’entrée. Les différences constatées sont évaluées au regard de la vétusté :
- Les dégradations imputables à l’usure normale ne peuvent être retenues contre le locataire
- Seules les détériorations anormales (trous non rebouchés, équipements cassés) peuvent donner lieu à une retenue
Exemple : une moquette usée après 8 ans de location ne saurait être facturée à un locataire. En revanche, un radiateur arraché ou une porte fracturée peuvent justifier une retenue.
Restitution du dépôt de garantie
La loi impose un délai de restitution du dépôt de garantie :
- 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée
- 2 mois en cas de différences nécessitant des réparations
En cas de retenue, le bailleur doit fournir des justificatifs (devis, factures). Selon l’ANIL, 21% des litiges locatifs concernent la non-restitution du dépôt de garantie.
Exemple de retenues justifiées ou abusives
- Justifiées : trous non rebouchés, vitres cassées, équipements manquants, dégâts des eaux causés par négligence
- Abusives : vétusté, usure des peintures, légères traces sur les murs, joints de salle de bains usés
État des lieux par un huissier : déroulement, tarifs et avantages
Quand faire appel à un huissier ?
Le recours à un huissier de justice est possible en cas de désaccord persistant entre bailleur et locataire, que ce soit à l’entrée ou à la sortie. Il est obligatoire si une partie refuse d’assister ou de signer le document.
Déroulement d’un état des lieux par huissier
- L’huissier convoque les parties au moins sept jours à l’avance
- Le constat est établi de manière contradictoire, dans le respect du formalisme légal
- Le document dressé a une force probante supérieure à un état des lieux classique
- Les deux parties reçoivent un exemplaire signé de l’huissier
Ce recours est fréquent en cas de litige sur la restitution du dépôt de garantie, ou de contestation sur l’état d’un équipement.
Tarifs réglementés
| Surface du logement | Tarif TTC (hors frais de déplacement) | Part à la charge de chaque partie |
|---|---|---|
| Jusqu’à 50 m² | 131,50 € | 65,75 € |
| De 51 à 150 m² | 153,20 € | 76,60 € |
| Plus de 150 m² | 229,81 € | 114,90 € |
Ces tarifs sont fixés par décret (arrêté du 26 février 2016) et partagés à 50/50 entre les parties.
Avantages et limites
- Force probante accrue : difficilement contestable devant les tribunaux
- Procédure rapide et encadrée
- Coût supérieur à un état des lieux classique
- Peut être imposé en cas de refus de l’une des parties
Selon la Chambre des huissiers, moins de 5% des états des lieux donnent lieu à un constat par huissier, mais ce recours s’avère très efficace en cas de conflit majeur.
Litiges fréquents liés à l’état des lieux : causes, prévention et solutions
Principales causes de litige
- Des différences d’appréciation sur l’état du logement (propreté, vétusté, dégradations)
- Absence ou imprécision du document
- Retenue abusive sur le dépôt de garantie
- Non-respect des délais de restitution
- Contestation d’un état des lieux réalisé unilatéralement
Selon la FNAIM, 60% des conflits locatifs concernent la restitution du dépôt de garantie, en lien direct avec l’état des lieux.
Comment prévenir les litiges ?
- Réaliser un état des lieux détaillé, contradictoire et signé par les deux parties
- Joindre systématiquement des photos datées et signées
- Utiliser un modèle à jour, conforme à la loi
- Archiver les échanges et documents relatifs au logement
Il est également conseillé d’instaurer un dialogue dès la moindre difficulté, avant que la situation ne se dégrade.
Que faire en cas de désaccord ?
- Tenter une résolution amiable : discussion, médiation, recours à un conciliateur de justice (gratuit)
- Faire appel à un huissier pour un constat officiel
- Saisir la commission départementale de conciliation (CDC)
- En dernier recours, saisir le tribunal judiciaire
Exemples de litiges et jurisprudence
En 2021, une locataire de Toulouse a obtenu gain de cause devant la CDC après une retenue abusive de 500 € pour « traces de vie » sur les murs, alors que l’état des lieux n’était pas suffisamment précis. À Paris, un propriétaire a pu justifier une retenue grâce à des photos de détérioration de la moquette, jointes à l’état des lieux.
Conseils pour bien gérer l’état des lieux en location meublée ou vide
Spécificités de l’état des lieux en location meublée
- Inventaire détaillé du mobilier et des équipements (marque, état, quantité…)
- Vérification du fonctionnement de chaque appareil (micro-ondes, lave-linge, TV…)
- Précision sur la présence de vaisselle, linge de maison, accessoires divers
L’omission d’un équipement ou la sous-estimation de son état peut entraîner des litiges. Il est recommandé de joindre l’inventaire à l’état des lieux, signé par les deux parties.
Différences entre location vide et meublée
| Critère | Location vide | Location meublée |
|---|---|---|
| État des lieux | Obligatoire | Obligatoire + inventaire du mobilier |
| Durée minimale du bail | 3 ans | 1 an (ou 9 mois pour étudiant) |
| Dépôt de garantie | 1 mois de loyer hors charges | 2 mois de loyer hors charges |
| Liste des équipements | Non obligatoire | Obligatoire (décret du 31 juillet 2015) |
Conseils pour les bailleurs et locataires
- Pour le bailleur : fournir un état des lieux et un inventaire aussi précis que possible, conserver des photos
- Pour le locataire : vérifier chaque équipement à l’entrée, signaler toute anomalie par écrit
- Pour les deux parties : dialoguer en cas de doute, privilégier la transparence
En cas de désaccord sur la liste du mobilier, il est possible de recourir à un huissier.
- L’état des lieux protège propriétaires et locataires contre les litiges liés à la restitution du logement.
- Le respect du formalisme, la précision et la conservation de preuves visuelles sont essentiels.
- En cas de désaccord, des solutions amiables et judiciaires existent, du conciliateur à l’huissier.
En conclusion, l’état des lieux d’entrée et de sortie est bien plus qu’une simple formalité administrative : il s’agit d’un acte de prévention et de protection, aussi bien pour le propriétaire que pour le locataire. Sa réalisation minutieuse, son actualisation en fonction des évolutions législatives (notamment la loi Alur) et la conservation de preuves (photos, inventaires, grilles de vétusté) sont les meilleurs atouts pour anticiper d’éventuels litiges. En cas de conflit, n’hésitez pas à privilégier la médiation ou à faire appel à un professionnel. La transparence et la rigueur restent les maîtres mots pour une location sereine et réussie. Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel, appliquer ces bonnes pratiques vous permettra de sécuriser la relation locative et d’éviter bien des désagréments.
